En attendant l’orage

Documentaire

Produit par Fanny Chrétien pour La Boite à Songe

Avec la participation de Xavier Delorme, chasseur d’orage.

Si l’orage fascine autant qu’il est redouté par sa puissance destructrice, il fait partie des phénomènes naturels qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Expression de la colère des Dieux pour toutes les civilisations, l’orage pourrait être à l’origine de l’apparition de la vie sur terre et le gardien de cette vie en la protégeant du rayonnement cosmique. Il a aussi donné le feu à l’humanité avant qu’elle ne soit capable de le produire elle-même et de sortir ainsi de la caverne pour commencer sa marche vers l’homme de savoir et de science.

Photo Xavier Delorme

Les premiers hommes voyaient en l’éclair et le tonnerre la manifestation des forces surnaturelles qui ne pouvaient qu’émaner des dieux. Foudre punitive ou fertilisante associée à la pluie, l’homme a forgé contes et mythes pour donner un sens à l’ordre du monde et apaiser ses craintes face aux déchainements de la nature. Pas moins de 145 divinités liées à l’orage existent à travers toutes les civilisations sur tous les continents. Et ce qu’il y a de plus remarquable est la similitude entre tous ces récits au moment où il n’existait pas d’interpénétration entre les peuples. On retrouve le marteau-foudre aussi bien chez le dieu Viking Thor que chez le dieu guerrier Shango en Afrique. L’oiseau-tonnerre des Amérindiens se rencontre également en Sibérie, au Pérou, chez les Zoulou ou encore en Afrique du Sud. Chez les Desana en Amazonie colombienne, l’éclair n’est pas une arme des dieux mais une semence originaire du Dieu Soleil fertilisant la Terre-mère, croyance que l’on retrouve chez les Dagara au Ghana et au Burkina.

La foudre à l’origine de la vie, nos connaissances actuelles montrent qu’il ne s’agirait pas d’un simple mythe. L’expérience entreprise par Stanley Miller en 1954 semble le démontrer. Il reproduit l’atmosphère primitive de la terre et la bombarde d’arcs électriques. Au bout de plusieurs semaines, le jeune chimiste trouve la trace de radicaux à la base des acides aminés nécessaires à la vie.

Il faudra attendre le Siècle des Lumières pour que les phénomènes orageux soient examinés à l’aune d’une démarche scientifique et envisagés comme un phénomène naturel. Benjamin Franklin (1752) réalise sa célèbre expérience du cerf-volant, où il démontre que l’orage est un phénomène électrique, et invente le para-tonnerre permettant de protéger les édifices, notamment les églises, des dégâts de la foudre. De façon intuitive, il découvre aussi les polarités électriques et fait faire un bon spectaculaire à cette science encore très jeune.

Si l’électricité permet au XIXème Siècle de rentrer dans l’ère moderne, ce n’est qu’au XXème Siècle que l’observation de la foudre, notamment grâce aux caméras, permet de mieux comprendre le phénomène. La surprise est grande de découvrir qu’en cas de coup de foudre au sol, seulement un quart des éclairs, la décharge principale jaillit toujours du sol et se propage vers le nuage. Ce que l’on observe descendant vers le sol est le traceur, lorsque l’électricité se fraye un chemin à travers l’air ionisé.

La deuxième partie du XXème Siècle voit se multiplier les recherches. Des laboratoires à haute tension reproduisent les éclairs pour en étudier plus précisément les effets et les causes. Des expériences de guidage de la foudre par de puissants rayons laser sont réalisées, sans grands succès probants pour l’instant. On dé-clenche la foudre grâce à des fusées reliées à la terre par un fil métallique, qu’on en-voie dans les cumulonimbus, nuages responsables des orages. Des sites d’observations sont construits un peu partout dans le monde et enregistrent le phénomène. Les progrès en météorologie, aidée par des satellites, permettent de mieux prévoir et localiser les orages, ainsi que leur intensité.

En 1989, un peu par hasard, on découvre des phénomènes lumineux au-dessus des orages qui peuvent se déployer à plus de 100 km d’altitude jusqu’à la ionosphère . Ce sont les elfes rougeâtres, les sylphes et les jets bleus.

Ces phénomènes attendent toujours une explication scientifique.

La foudre frappe la planète à chaque instant. En permanence plus de 4000 orages sont actifs à travers le monde générant 1,3 milliards d’éclairs par jour dont 4 millions vont toucher le sol, soit une centaine d’éclairs par seconde. La foudre est l’une des palpitations de notre monde en perpétuelle évolution.

Même si la science, l’observation et les statistiques permettent de mieux cerner le phénomène, de nombreuses questions restent encore sans réponse. Ainsi les mécanismes de formation et d’électrification des nuages orageux ne sont pas complètement connus, ou encore, les processus phénoménologiques d’un éclair restent obscurs, ou bien encore, comment la foudre est-elle liée aux phénomènes climatiques…

Ce projet de film documentaire veut pénétrer dans cette terra incognita, pour en dessiner une carte dont les contours superposeraient les dimensions mythologiques, historiques, scientifiques, philosophiques et humaines de notre rapport aux orages, de notre dialogue permanent avec cette nature qui nous tient dans le creux de sa main.

Et puis nous nous poserons la question prométhéenne, alors que les ressources fossiles s’épuisent, de dompter cette puissante énergie naturelle, non polluante et renouvelable en quantité infinie. Cette utopie que les hommes, depuis l’aube de l’humanité, poursuivent avec un mélange de crainte et de défi.

Ce projet documentaire s’inscrit clairement dans la veine du film de vulgarisation scientifique. Il pose un regard émerveillé et curieux sur un phénomène naturel encore mystérieux et fascinant. Il interroge aussi en creux notre rapport à notre terre dont il faut prendre soin comme l’on prend soin de ses vieux parents.

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